Colloque

« Mon frère et ma sœur ont été placés. Et moi ? »

Le jeudi 24 octobre 2013, l’asbl Aide Enfants Familles du Brabant wallon a organisé ce colloque riche en informations.

Pour commencer…

« Colloque dins (dans) ‘l (la) veye (ville) du ptit (petit) qui porte bonheur quand on lui frotte ‘l (le) cul ». Même Mathilde l’a fait !

Ce 24/10/2013 plein djin (gens) sont vni (venus) à Wavre. Bia (belle) veye WALLONNE où ‘c qu’on djaze (parle) aussi et surtout le francès (français), nous allons donc poursuivre dans la langue de Voltaire.

Cette ville est non seulement belle mais elle est aussi sympathique et accueillante. Voyez plutôt : hôtel de ville spacieux avec pièces et salles aux dimensions et équipements alléchants pour tout qui désire y organiser un colloque. Mais il faut cependant un peu déchanter : l’équipement installé n’est pas facilement disponible, voire, il ne l’est pas !

Ainsi, les salles, bien gracieusement mises à notre disposition par la ville de Wavre, ne pouvaient être aménagées que deux heures avant le début de la journée. Petite panique pour les organisateurs que nous étions : aurons-nous assez de temps pour bien accueillir le public et donc installer plus ou moins 300 chaises ? Notre Conseil d’Administration et bien d’autres personnes se sont mises à la tâche très efficacement, nous les remercions encore aujourd’hui.

Nous avions aussi besoin d’un écran pour diffuser diverses projections. La salle en dispose mais nous n’avons pas pu l’utiliser. Nous avons donc bricolé une installation d’écran tout à fait artisanale et, heureusement, elle fut efficace et a rempli sa fonction.

Mais au fond, cela nous a fait revivre une situation d’antan : beaucoup de choses faites à la main, aux muscles, « à la sueur du front » et « à la petite semaine » ! Cela a finalement fonctionné, les bonnes vieilles méthodes gardent encore toute leur efficacité, il faut juste pouvoir jongler !… »

Tout au long de cette journée, de nombreux orateurs sont venus s’exprimer. Les résumés qu’ils nous ont fournis lors des préparatifs se trouvent ci-dessous.

A propos des vilains petits canards

« J’aborderai trois catégories de situations dans lesquelles un enfant est « placé » alors que ses frères, sœurs ou demi-frères et demi-sœurs pensent rester à la maison.
Je parlerai d’abord de l’enfant placé en raison de l’incompétence (analysée comme telle) de sa famille, et qui, en cours de placement, voit venir un puiné qui, lui, peut rester à la maison.

Je parlerai ensuite de l’enfant handicapé, ou très perturbé mentalement, que l’on place pour raison de soins ou/et parce qu’il est très difficile à vivre, alors que la fratrie peut rester à la maison.

Je parlerai enfin de l’enfant explicitement désigné comme victime de maltraitance ou d’abus sexuel et que l’on place, puis renvoie peut-être un jour dans sa famille, pas toujours avec une logique évidente pour lui, ni pour ceux qui peuvent rester. »

Professeur Jean-Yves HAYEZ, Psychiatre infanto juvénile, Professeur émérite à l’UCL

Vertus et vertiges de la grossesse.

Vers une psychologie Clinique interdisciplinaire de l’anténatal.

« Après plusieurs décennies consacrées à la découverte des relations parents/bébé, le temps d’une psychologie clinique périnatale interdisciplinaire et en réseau est enfin venu.
Elle accorde au premier chapitre prénatal de la biographie de l’enfant à naître une importance désormais égale à celle dédiée au second, postnatal.
Attentive aux processus biopsychiques toujours singuliers du devenir mère et père en prénatal, elle s’interroge sur leur potentiel de vulnérabilité et de créativité. Le temps de la grossesse est – il propice ou néfaste à la prévention des troubles de la parentalité ? Quels sont les possibles espaces de prévention ?

Quand cette période clé est synonyme de souffrances parentales médico-psycho-sociales avérées, quels sont les postulats théorico-cliniques et éthiques d’une intervention interdisciplinaire ?
Plus spécifiquement, insérée dans un réseau périnatal interdisciplinaire, une consultation thérapeutique anténatale est-elle raisonnablement envisageable ? Quelles en sont les spécificités ?
Face à ces questions, des pistes seront discutées pour favoriser le débat. »

Sylvain Missonnier, psychologue, Professeur de psychopathologie clinique de la périnatalité à l’Université Paris Descartes, co-président de la WAIHM francophone (dir), Blazy M., Boige N., Presme N., Tagawa O., (2012) ; Manuel de psychologie clinique de la périnatalité, Paris, Masson

Les séances de psychomotricité parents – enfant, comment le psychomotricien peut-il soutenir les ac-corps et prévenir les désa-corps

« J’ai toujours porté un grand intérêt au travail de prévention. Cet intérêt n’a fait que se renforcer d’autant plus qu’une partie de mon expérience clinique s’est construite au sein du centre médical pédiatrique Clairs Vallons. Cette institution accueille des enfants placés pour la plus grande partie par des services d’aide ou de protection de la jeunesse. Dans ce cadre j’ai l’occasion en fonction des besoins de l’enfant et de sa famille d’animer des séances parents-enfant.
D’autre part j’ai eu l’occasion d’animer à Bruxelles, plusieurs ateliers parents -enfants et ceci dans le cadre de projet de prévention.

De ces expériences cliniques plurielles, émerge le même questionnement : A quoi faut-il être attentif dans la relation parents-enfant pour que ce dernier puisse se construire.

J’aborderai ce questionnement en ma qualité de thérapeute en psychomotricité et me centrerai sur des éléments plus spécifiques à notre approche du travail de la relation. Telle que la question de l’accord tonique, la question de la différenciation, la place de la pulsionnalité, la mise en sens des vécus corporels. Enfin je tenterai de dégager les forces et les limites de ce travail.
J’illustrerai mes propos par quelques extraits de séances »

Sabine Michiels, Thérapeute psychomotricienne au Centre Médical Clairs Vallons, formatrice à l’Asefop et chargée de cours à l’HELB

Le droit de l’enfant à vivre avec ses parents quand frérot est placé.

Thierry Moreau travaillant sur base de Powerpoint, nous en avons relevé quelques points essentiels.

« Le placement de l’enfant a, pour origine, un conflit de droits. L’enfant a droit au respect de son intégrité et il a droit à la vie familiale.

Il est important de rappeler que les parents sont les premiers protecteurs de l’enfant et que l’Etat, quant à lui, a l’obligation d’empêcher les atteintes à l’intégrité. Il y a conflit de droit quand les parents portent atteintes à l’intégrité de l’enfant. C’est le droit à l’intégrité qui prime sur le droit à la vie familiale.

Par ailleurs, il est important de souligner que le placement ne met pas fin aux relations familiales naturelles et qu’il a pour but de réunir à nouveau la famille. »

Thierry Moreau, avocat, professeur à l’UCL, directeur du centre interdisciplinaire des droits de l’enfant.

Placements en situation de grande pauvreté : si on écoutait aussi les familles ?

« La grande pauvreté affecte tous les domaines de vie. Elle empêche l’accès de ceux qui la subissent à l’ensemble de leurs droits fondamentaux et les prive des moyens d’exercer les responsabilités qui y sont liées.

Le droit de vivre en famille est particulièrement touché, alors que les personnes pauvres accordent une valeur primordiale à la famille, qui constitue souvent le dernier lieu où elles peuvent être actrices et reconnues.

Dans tous les pays occidentaux, dans un souci de protection, des enfants sont retirés à des familles très pauvres dont les institutions estiment qu’elles ne peuvent suffisamment assurer leur sécurité et leur éducation. Cette expérience collective suscite une peur permanente du placement, qui freine l’accès de ces familles aux soutiens divers dont elles auraient besoin plus que d’autres. Le placement, qui souvent touche de très jeunes enfants et se prolonge dans ces situations, est source de grande souffrance, tant pour les parents que pour les enfants, comme en témoignent de nombreux adultes qui ont été placés.

En effet, la famille est au centre de la vie et des préoccupations des personnes très pauvres. Elles consentent beaucoup d’efforts et de sacrifices pour la rendre possible et pour assurer à leurs enfants une vie heureuse et un avenir meilleur que les leurs. Cependant, leurs efforts sont peu reconnus par la société et n’aboutissent que rarement à répondre à l’ensemble des exigences de ces institutions. Ces personnes arrivent difficilement à faire entendre leur point de vue, leur analyse de la situation et leurs aspirations.

Un enjeu crucial est de leur permettre de les exprimer librement et de les faire entendre, afin de les associer réellement à des mesures qui servent leur projet familial, renforcent les liens familiaux et promeuvent l’ensemble des membres de la famille. »

Dominique Visée-Leporcq, ATD Quart Monde Wallonie-Bruxelles ASBL